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avril

Dîner-conférence : ESG et le futur de l’investissement responsable avec State Street Global Advisors

 

Le 25 avril 2018, en collaboration avec CFA Montréal, PRI Québec et Finance Montréal, l’IFD a accueilli Chris McKnett, directeur général et stratège principal en ESG de State Street Global Advisors (State Street), pour parler de « l’ESG et le futur de l’investissement ». Chris a partagé son point de vue et son expertise à propos de l’état actuel de l’ESG, des barrières à l’intégration ESG et le futur de l’ESG. S’en est suivie une période de questions/réponses avec Odrey Robillard, conseillère principale, Investissement responsable et procurations à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Plus bas quelques faits saillants de la présentation de Chris et de la conversation. 

État actuel

Chris a présenté à l’assemblée les résultats d’un récent sondage de State Street réalisé auprès des investisseurs institutionnels confirmant que l’ESG entre dans le courant dominant avec près de 80 % des investisseurs utilisant des facteurs ESG dans leur stratégie d’investissement et une grande majorité croyant que l’ESG stimule les rendements à long terme. Bien que la conviction que l’intégration ESG reste forte, Chris a remarqué que la profondeur de l’intégration demeure superficielle pour la plupart, à l’exception d’un groupe restreint d’investisseurs. En fait, plus des trois-quarts des investisseurs indiquent que moins de la moitié de leurs actifs sont exposés à des stratégies ESG.

Le paysage mondial des risques, tel qu’illustré par l’évolution du rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial, est un moteur de l’intégration ESG. Chris a constaté que durant la dernière décennie, un nombre croissant de risques environnementaux, géopolitiques, et sociaux figurent parmi les cinq plus grands risques mondiaux en termes de probabilité et d’impact. Un autre moteur est que la règlementation liée à l’ESG a augmenté de façon substantielle au cours des dix dernières années. Finalement, Chris a souligné que l’économie continuera à stimuler l’intégration ESG. Ceci est parfaitement illustré par les chiffres stupéfiants de la diversité dans les conseils d’administration, qui suggèrent qu’une représentation égale dans les entreprises apporterait 28 000 milliards de dollars au PIB d’ici 2025.

Chris a décrit le soutien de State Street envers le leadership féminin en évoquant la statue de la jeune fille intrépide et les initiatives d’engagement de l’entreprise aux cotés des plus de 700 sociétés cotées qui ne comptent aucune administratrice. Par conséquent, plus des 150 entreprises ont recruté une femme pour intégrer leur conseil d’administration et 34 entreprises supplémentaires se sont engagées à améliorer la qualité de leur conseil d’administration.

Barrières à l'ESG

Bien que plusieurs moteurs encouragent les investisseurs à intégrer l’ESG, Chris a décrit quelques-unes des barrières qu’il percevait comme empêchant une adoption à travers toutes les catégories d’actifs :

  • Des biais profondément ancrés : Il persiste toujours une croyance parmi les réfractaires que la prise en compte de facteurs ESG entraîne une perte de rendement. Cette croyance est fondée sur une stratégie particulière d’investissement responsable qui se focalise sur le filtrage de certaines activités ou de certains secteurs. La revendication d’un sacrifice des rendements est contestée par de nombreuses études qui montrent le contraire pour l’ensemble des pratiques d’investissement responsable.
  • Définir l’ESG : Il y a un manqué de clarté sur la définition de l’ESG. Une clarté de la terminologie est nécessaire afin de s’assurer d’une cohésion organisationnelle.
  • Données : Bien que la quantité de données ESG a augmenté, ce n’est pas le cas de leur qualité. Les fournisseurs de données ont différentes méthodologies et il y a un manque de transparence.
  • Étalonnage et mesure : Il n’y a pas de consensus sur la façon d’étalonner des stratégies ESG et plusieurs investisseurs réclament des preuves de la surperformance avant d’adopter des pratiques ESG. Cependant, voyant que l’ESG porte fondamentalement sur l’atténuation des risques, Chris a souligné que nous ne pouvons pas attendre pour des tests rétroactifs de validité (backtesting).

Prospective

En se tournant vers le futur de l’ESG, Chris a décrit les tendances et les développements au sein du secteur. Il a abordé les Objectifs de développement durable (ODD), les décrivant comme « un cadeau aux investisseurs » car ils ont créé un but commun, un agenda mondial et un alignement sur les priorités de développement durable. Il prédit que les ODD se feront de plus en plus fréquents dans les revues de portefeuille et dans les décisions d’investissement. Il prévoit également que le débat à savoir si l’ESG doit être considéré comme un « facteur » dans ce qu’on appelle facteur d’investissement continuera et davantage de recherches se pencheront sur ce sujet. Il a également mentionné que les détenteurs d’actifs adopteront de plus en plus l’étalonnage ESG.

Chris a encore insisté sur le besoin de convergence et d’alignement sur une norme commune pour la divulgation ESG et a conclu sa présentation de façon éloquente en rappelant à l’auditoire que l’ESG signifie être actif dans sa gestion des risques et saisir les opportunités, et que pour ce faire nous devons prôner la science tout en étant attentif à l’art.

Période de questions/réponses

Lors de la conversation avec Odrey, Chris a partagé sa perspective sur la façon, en tant que gestionnaire passif, State Street aborde l’ESG. Chris a reconnu les limites à l’intégration ESG avant investissement pour les gestionnaires passifs, mais a souligné l’importance de la gestion dans les stratégies passives. Il a raconté que l’approche ESG de State Street est centrée sur l’utilisation de l’actionnariat actif en engageant les entreprises sur des enjeux ESG. Odrey et Chris ont également discuté des mérites de la quantification et de la standardisation des données ESG. Chris a reconnu que tous les facteurs ESG ne pouvaient ou ne devaient pas être quantifiés et a suggéré que le secteur adopte une approche mélangeant l’art et la science de l’utilisation des informations ESG. Cependant, en voyant que la qualité et la comparabilité des données ESG restaient faibles, il a insisté sur le besoin de travailler davantage sur la quantification et la standardisation des données.

Lorsqu’interrogé sur le conseil à donner aux 20 % d’investisseurs n’intégrant pas l’ESG à leur stratégie d’investissement, Chris a suggéré que les détenteurs d’actifs commencent à parler ESG avec les gestionnaires et les consultants. Pour les gestionnaires de placements, Chris les encourage à s’ouvrir à la possibilité que l’ESG pouvait apporter de la valeur. Il a également suggéré qu’ils continuent à prêter attention aux demandes de leurs clients, en remarquant que leurs questions se concentreront de plus en plus sur l’ESG. Comme point de départ, il encourage les gestionnaires de placements à observer leurs procédés afin de voir s’ils intègrent déjà une composante ESG de manière informelle et comment ce procédé peut être formalisé au fil du temps.