7
novembre

Session d’apprentissage 1 : Comment l’IA et le big data changent le monde de l’investissement et est-ce au bénéfice ou au péril de l’intégration ESG?

C’est la 3ème saison des sessions d’apprentissage de l’IFD et ce 7 novembre, nous nous sommes réunis à la Tour Deloitte pour discuter d’intelligence artificielle (IA) et de big data. C’est leur influence sur l’intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’analyse de l’investissement qui nous intéressait.

Nos panélistes pour l’occasion étaient Bud Sturmak, fondateur de BlueSky Investment Management, de New York, qui s’est joint au groupe pour parler de leur nouvelle approche de l’analyse de l’investissement, Bouchra M’Zali, professeur au département de stratégies, responsabilité sociale et environnementale de l’UQÀM, qui a expliqué comment l’IA influence ses travaux de recherche dans le domaine de la responsabilité sociale et du développement durable et Laure Fouin, sociétaire chez McCarthy Tétrault et membre du conseil d’administration de l’IFD, qui nous a offert sa perspective sur les enjeux de gouvernance des fintechs. Le panel était animé par Gildas Poissonnier, directeur principal, développement durable chez Deloitte, aussi membre du conseil d’administration de l’IFD.

Bud Sturmak a débuté la conversation en décrivant l’approche utilisée par BlueSky pour intégrer les facteurs ESG pertinents à la gestion d’actifs, ceux-ci variant d’ailleurs d’une industrie à l’autre. Plusieurs défis surgissent dans l’utilisation de données ESG tels qu’un manque de cohérence des indicateurs entre les entreprises. De plus, le fait que les données sont la réflexion d’une situation antérieure ne reflète pas toujours le potentiel à venir d’une entreprise. Par exemple, un déversement ou une brèche de sécurité des données personnelles peuvent apporter des améliorations rapides dans la gestion des opérations et une performance accrue. Traduire les données ESG en création de valeur mesurable permet aux investisseurs d’identifier un potentiel chez les entreprises, potentiel pouvant être négligé ou sous-évalué dans le cadre d’une approche plus traditionnelle. Bud pense que l’approche de BlueSky pour mesurer la pertinence ou « matérialité » financière va devenir plus présente à mesure que les investisseurs voient les facteurs ESG comme des éléments améliorant la performance à long-terme et réduisant le risque. Avec l’émergence de plus en plus de points d’information, le défi c’est de développer une approche analytique robuste et les outils connexes.

Bouchra M’Zali a pris le relais et a abordé le sujet suivant : comment rendre plus efficace l’usage des données que nous avons à notre disposition ? Les données sont collectées de manière continuelle, en temps réel, sous des formes structurées ou non, telles que du texte, des photos ou des vidéos. L’intelligence artificielle aide les entreprises à gérer et traiter ces informations pour les rendre utilisables dans le cadre de stratégies d’affaires. L’IA permet aussi de gérer de nombreux formats de données différents, qu’elles soient issues de sources internes à une entreprise, ou de l’externe, et donne accès à une interprétation plus rapide des informations. Le niveau d’automatisation des analyses aide à anticiper les problèmes environnementaux et sociaux au sein d’une communauté ou même mondialement, ce qui permet ultimement de prendre de meilleures décisions. Bouchra a aussi mentionné les défis qui se présentent avec cette technologie qui résident dans la classification des données, leur stockage, le respect de la vie privée et le risque lié à la cyber-sécurité.

L’évolution des technologies génère des changements dans le paysage réglementaire pour la technologie financière (fintech). Laure Fouin nous a démystifié certains défis posés pour la gouvernance des données et la technologie. La règlementation actuelle a été conçue pour s’appliquer aux humains et non pas aux machines. Ceci peut entraîner une certaine incertitude en ce qui concerne la responsabilité, advenant un problème. Si, par exemple, une erreur survient, le conseiller financier est généralement tenu pour responsable de ses décisions. Dans le cas d’un conseiller-robot, quelle est alors la personne responsable : l’informaticien qui a écrit le code du logiciel ou la compagnie qui l’a mis en ligne ? Le législateur traite pour l’instant le problème au cas par cas en offrant des exemptions pour des projets pilotes, mais une solution globale à plus long-terme n’est toujours pas en vue.

La séance de question-réponse a permis d’aborder une grande variété de sujets, allant de l’intégrité des données à l’utilisation intensive d’énergie pour l’exploration des données. Bud a parlé de l’importance de la pertinence statistique pour éviter le piège des « mauvaises informations, mauvaises conclusions » lors de l’utilisation des données. Certaines start-ups en fintech commencent d’ailleurs à introduire des prototypes permettant de retirer le « bruit » qui pollue les jeux de données. Une autre question a permis d’aborder le sujet de la protection des données personnelles au Canada. Laure a expliqué que les lois canadiennes permettent d’assurer une protection relativement élevée en la matière, mais que le problème réside dans notre capacité technique à la mettre en pratique et à se protéger des cyberattaques. En dépit de systèmes de cyber-sécurité complexes, le hameçonnage des courriels reste un défi constant pour les entreprises, les employés étant la dernière ligne de défense et souvent le maillon le plus faible.

Un autre participant a évoqué la question de l’usage intensif d’énergie, nécessaire aux technologies d’exploration des données. Ceci soulève la question de la création d’un nouveau problème au moment ou un autre est résolu. Il est important de suivre et mesurer la consommation d’électricité de ces technologies et des opérations qu’elles remplacent, pour établir leur impact net et de travailler continuellement pour compenser toute externalité que l’exploration des données ou autre technologie pourrait entraîner.

Bud a eu recours à une analogie de baseball pour décrire l’évolution de l’intégration des facteurs ESG comme une évolution : « nous sommes seulement à la 2ème ou 3ème manche », et nous apprenons à chaque nouveau jeu.

Présentations disponibles : Bud Sturmak et Bouchra M’Zali.

 

Nos remerciements à notre panel d’experts et à notre commanditaire pour cet évènement : Deloitte.