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juin

Une entrevue avec Maxime Brochu, le gagnant de l’édition 2017 de la Bourse IFD-PRI

Gagnant de l’édition 2017 de la Bourse IFD-PRI pour la meilleure recherche en investissement responsable, Maxime Brochu a complété sa maîtrise en finance à l’Université de Sherbrooke. Aujourd’hui, il est analyste en performance dans l’équipe de développement de produits chez Desjardins Société de placements.

Sa recherche s’est concentrée sur l’évaluation des impacts de la réputation (définie en facteurs ESG) sur la performance en bourse et sur le risque d’une entreprise (Vertueux vs opportuniste, analyse de l’effet réputation sur la performance des entreprises américaines, version abrégée).

Maxime a aimablement accepté de partager avec nous quelques réflexions sur son expérience dans une entrevue.

Nous sommes dans les dernières semaines de solicitation des candidatures pour l’édition 2018 de la Bourse IFD-PRI. La date limite est le 30 juin.

Tout savoir sur le processus d’inscription

Tu as gagné la Bourse IFD-PRI pour la meilleure recherche en investissement responsable pour l’année 2017. Peux-tu nous parler de ton intérêt pour l’investissement responsable?
Mon intérêt envers l’investissement responsable remonte à loin. J’ai toujours eu une vision très humaine de l’économie et j’ai toujours perçu la finance comme un levier de développement important. Donc, les notions qui sont en rapport avec l’investissement responsable – à savoir les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance – se sont intégrées progressivement dans mon parcours universitaire et dans mon développement professionnel.

Quand j’étudiais au bac, il n’y avait pas de cours associés à l’investissement responsable. C’est donc à travers mes propres lectures et diverses conférences que je me suis initié au sujet. Par la suite, j’ai choisi des cours à caractère social, en lien avec le développement coopératif. Je suis d’avis que dans un avenir pas trop lointain, il y aura de plus en plus de matières dédiées à l’investissement responsable. Les étudiants du bac seront également sensibilisés sur le sujet, pas seulement ceux qui se rendent à la maîtrise.

D’où est venue ton intention de participer au concours de la Bourse IFD-PRI, et de travailler sur ton sujet de recherche?
Pour mon sujet, je n’ai aucun mérite. Le thème de l’investissement responsable m’interpellait, mais je ne savais pas quelle avenue emprunter. Quand on finit le bac et qu’on doit choisir notre sujet de maîtrise, on n’est pas vraiment au courant de la littérature scientifique disponible. C’est mon directeur de recherche, Frank Coggins de l’Université de Sherbrooke, qui m’a soumis quelques propositions. Et j’ai choisi mon sujet parce que, tout en étant conscient de l’aspect « responsabilité d’entreprise », j’avais envie d’avoir un point de vue purement financier de l’investissement responsable.

Par ailleurs, j’ai entendu parler du concours grâce à la première gagnante, Édith Breault, qui a aussi étudié à l’Université de Sherbrooke. J’ai su qu’elle avait remporté la Bourse IFD-PRI et j’ai bavardé avec elle sur différents thèmes. Même si nous n’étions pas de la même promotion, en tant qu’assistant de recherche, j’ai collaboré à une base de données de son projet de mémoire.

 

Ton travail a été récompensé, car il contribue à faire avancer la recherche et la connaissance sur les critères ESG pour les praticiens du secteur de la finance. Peux-tu nous communiquer les faits saillants de tes résultats?
Une bonne partie de la littérature scientifique en finance tourne autour du rendement et des événements qui l’influencent. Pour mon mémoire, c’est également le cas. Je me suis posé la question suivante : « Est-ce que la réputation, ou les critères ESG, influencent le rendement? ». J’ai utilisé une base de données qui m’a permis d’évaluer 3 000 entreprises américaines opérant entre 2004 et 2014. Selon la vision proposée dans ma recherche, la réputation est un risque à part entière. Par conséquent, les entreprises ayant une mauvaise réputation, que j’appelle affectueusement « les opportunistes », sont plus risquées que les entreprises surnommées « les vertueux » qui, elles, jouissent d’une bonne réputation. Partant de ce constat, j’ai tout simplement ajouté des facteurs de risque, relatifs à la réputation, aux facteurs de risque traditionnels de la finance.

J’ai évalué si mon modèle d’évaluation d’actifs financiers s’avérait meilleur que les autres, s’il expliquait mieux le rendement financier des entreprises. Je dois admettre que mes résultats m’ont surpris. Mon modèle, qui comprenait le facteur de la réputation, performait mieux que les autres. Ce dernier en soi ne représente pas véritablement le meilleur facteur, mais il est complémentaire et ajoute aux modèles d’évaluation une information additionnelle. C’est l’aspect de « complémentarité » qui ressort. Certaines données ne sont pas captées dans les modèles traditionnels en finance; avec le facteur de la réputation, nous obtenons un modèle plus performant, plus juste. Cela veut dire que les investisseurs qui s’abstiennent de considérer la réputation dans leur évaluation s’exposent à un risque rémunéré par le marché.

Par ailleurs, mon étude est pertinente pour certains types d’investisseurs qui pourraient s’intéresser aux attributs des entreprises réputées – « les vertueux » –, soit une plus grande stabilité dans le temps et les considérations sociales. C’est le marché qui mène le risque relié à la réputation. Mon étude ne permet pas d’affirmer à 100 % que la réputation est un véritable facteur de risque, mais elle ouvre certainement la porte à d’autres études.

Selon toi, quelles sont les opportunités pour de futurs travaux de recherche dans le domaine?
Il y en a beaucoup. Entre autres, il serait intéressant de pousser ma recherche plus loin, par exemple en ajoutant une autre base de données ou bien une autre région. Actuellement, un étudiant de l’Université de Sherbrooke travaille à raffiner mon modèle financier. Et si j’avais à choisir un autre sujet de recherche, j’irais vers l’investissement d’impact. Ce sujet est rarement traité à cause de sa complexité – liée, entre autres, au manque de données et au manque d’historique. L’investissement d’impact est une approche de placement visant à générer autant le rendement financier que les rendements sociaux et environnementaux. À mon avis, une intégration dans des portefeuilles de fonds assez simples serait possible. Donc, cela serait à considérer dans un avenir proche. De nouvelles bases de données verront le jour et ce serait intéressant d’étudier ce sujet. L’investissement d’impact, c’est un peu l’investissement responsable de l’avenir.

Que conseillerais-tu à des étudiants ou chercheurs dans le domaine?
Comme je l’ai déjà mentionné, il serait intéressant de poursuivre des recherches sur l’investissement d’impact et de continuer à se consacrer à l’investissement responsable, même si l’on peut rencontrer des embûches et des difficultés. Ce domaine est humain. Il est porteur d’avenir et permettra aux chercheurs et aux étudiants de se distinguer.

Quelle est la portée ou l’impact d’avoir remporté la Bourse IFD-PRI?
Le monde de l’investissement responsable au Québec est petit. Dans des événements, on croise souvent les mêmes personnes. La présentation de mes résultats de recherche, lors de la soirée de remise de la Bourse IFD-PRI et au Colloque québécois de l’investissement responsable du Réseau PRI Québec, m’a apporté beaucoup de visibilité auprès de ces personnes. Aussi, j’ai pu agrandir mon réseau de contacts – autant du côté des étudiants qui sont venus me poser des questions, que du côté professionnel. Chez Desjardins, mon employeur actuel, la nouvelle a été publiée. Plusieurs de mes collègues se sont intéressés à la Bourse IFD-PRI et à ma recherche.

Est-ce que le fait d’avoir remporté la Bourse IFD-PRI a été un catalyseur dans ta recherche d’emploi?
J’occupais déjà un emploi chez Desjardins quand j’ai gagné la bourse. Par contre, l’expérience de parler devant 200 personnes m’a fait grandir et m’a permis d’obtenir de la visibilité et une reconnaissance pour mon mémoire. Ce fut très apprécié.

 

Merci, Maxime, d’avoir échangé avec nous.

 

Maxime dans une entrevue lors du 4e Colloque québécois de l’investissement responsable du Réseau PRI Québec